Compost douteux : le monde agricole réagit
En octobre 2007, devant la préfecture, la Féve, la fédération écocitoyenne de Vendée, demandait quel compost nous mettrions dans nos jardins ? Celui issu de déchets verts ou celui venant de déchets ménagers ? Aujourd'hui, la chambre d'agriculture demande à ne plus épandre au sol du compost issu des déchets ménagers. : Archives Ouest-France
La chambre d'agriculture demande à Trivalis de suspendre l'incorporation au sol du compost issu des ordures ménagères. Un compost jugé de « qualité insuffisante », pour ne pas dire polluant.
Fini l'épandage des champs vendéens avec du compost issu des ordures ménagères ? C'est ce que demande, dans les faits, la chambre d'agriculture à Trivalis, le « maître d'oeuvre » du plan d'élimination des ordures ménagères et assimilés dans le département.
C'est une décision sensible d'un poids lourd de l'économie vendéenne. Qu'est-ce qui motive ainsi le monde agricole, à ne plus vouloir incorporer au sol ce compost provenant de nos poubelles ? « Les réglementations, les normes sur les déchets ont beaucoup évolué. Le regard de la société est aussi devenu de plus en plus exigeant », explique Luc Guyau, président de la chambre d'agriculture.Et quand cette société trouve sur les terres agricoles des bouts de plastique, des résidus non-destructibles, tout le monde en pâtit. Surtout l'image des agriculteurs, déjà bien souvent écornée.
Cependant, il ne faut pas l'oublier, le monde agricole est un acteur majeur dans l'élimination de la matière organique par le sol. Pour rendre ses terres plus fertiles, il récupère notamment les boues des stations d'épuration. « Aujourd'hui, le compost issu des ordures ménagères n'est pas assez mature, car les installations ne sont pas suffisantes pour traiter les volumes recueillis. Le tri, du fait de l'obsolescence des équipements, se révèle de plus en plus défaillant. Cela se caractérise, notamment, par des teneurs élevées en métaux lourds, cuivre, cadmium, plomb, mercure. »
La chambre d'agriculture souhaite ne plus avoir à faire avec un compost « jugé de qualité insuffisante. Mais elle reste dans l'attente d'un nouveau qui sera issu des usines de tri mécanobiologique, d'ici 2010 ».
Un enjeu politique
Il ne faut donc voir aucune pomme de discorde entre la chambre d'agriculture et Trivalis, au sujet de ces « composts d'un autre âge ». Dixit Didier Thiétry, le directeur de Trivalis, qui reconnaît : « Même si la valorisation agricole de ces composts provenant de nos anciennes usines est légale (jusqu'en février 2009), leur qualité est moindre. »
Trivalis réunit son bureau jeudi à ce sujet. Car la demande émanant de la chambre d'agriculture n'est pas sans répercussions. D'une manière ou d'une autre, il va bien falloir éliminer le tonnage important de déchets ménagers, en « trouvant », c'est une hypothèse, de l'enfouissement à l'extérieur du département. Et cela implique, pour cette hypothèse-là, de trouver des solutions en terme de traitement, de transport et de création de site de transfert. Cela ne peut se faire du jour au lendemain, contraintes techniques et administratives obligent. Et surtout, cela entraîne un surcoût financier que les Vendéens devront supporter. Là, nous sommes clairement sur un terrain politique.
Loïc TISSOT.
Ouest-France