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Emmanuel Hubé devant son bateau, le « Manbrisa ». Aujourd'hui, ses pêches ne lui permettent plus de rembourser son bateau. Ni de verser un salaire correct à son équipage. Comme ses collègues de l'Armement coopératif artisanal vendéen (Acav), il dénonce un gazoil beaucoup trop cher. Pourtant, son métier, il l'aime : « Après ma femme et mes deux gosses, la pêche, c'est toute ma vie. » Âgé de 34 ans, il exerce depuis bientôt 20 ans. Deux ans et demi qu'il possède son propre bateau. Et dirige quatre membres d'équipage. Son père faisait le même métier, son grand-père aussi. La pêche, il l'a dans le sang. Et la porte sur le corps avec son anneau à l'oreille, ses tatouages sur le cou et l'avant-bras.
« 130 € à mes gars »
Alors, quel est le problème ? « Le gazole. Tiens, ce matin, il était à 66 centimes le litre. Mon chalutier consomme 1 700 litres en 24 heures. » Il y a 10 ans, le litre coûtait 86 centimes de francs. Pas besoin de sortir la calculette pour comprendre. « Là, je suis revenu d'une pêche de 6 jours, raconte « Manu », j'ai donné 130 € à mes gars. Et encore, on fait partie de ceux pour qui ça marche bien. Sur certains bateaux, ils ne peuvent plus rien donner. À l'heure actuelle, c'est simple : on part en mer pour payer le gazole. » De plus, le patron ne gagne plus assez d'argent pour rembourser son bateau, acheté 1,5 million d'euros. Le mois dernier, il aurait dû verser 7 000 €. « J'en ai mis 2 000. De toute façon, aujourd'hui je te parle même plus de payer mon bateau. Juste de survivre. »
Pour lui, le coup de poignard a été donné au début de l'année 2007, avec la fermeture du FPAP (Fonds de prévention des aléas de la pêche). Lequel compensait la hausse des frais liée au prix du carburant. « C'était pas euro-compatible », ironise-t-il avec lucidité. L'Union européenne n'a pas bonne presse sur les pontons. Les quotas de pêche ? Autant de bâtons glissés dans le chalut par Bruxelles : « Toutes les pêches un peu plus faciles, qui pourraient nous rapporter plus, comme le thon rouge, l'anchois, on nous les interdit. Alors que la ressource ne manque pas. On dirait qu'ils le font exprès ! »
Une demande : le gazoil à 40 centimes
Spécialisé dans la seiche, Manu a bien tenté de se diversifier. Langoustine, pêche au large ou plus près des côtes... Rien n'y fait : « Le résultat est le même. » Il a également pensé à évoluer vers la senne danoise. Une technique de pêche alternative au chalut, plus économe. Mais le coût l'en empêche. « Moi, je suis prêt. Sauf que pour toucher les subventions, je dois attendre que mon bateau ait 5 ans. Mais d'ici là, moi, je suis mort ! »
Alors que faire ? « Nous, on ne demande qu'une chose : le gazole à 40 centimes. Là, on peut en vivre, on peut se débrouiller. » Et sinon ? « Sinon, je ne sais pas. De toute façon, moi, la pêche, c'est mon métier. Je veux le faire jusqu'au bout. Et je le ferai jusqu'au bout. »
Ruddy GUILMIN.
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