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Dans les années 1968, Fleury-Michon, créée en 1926, comptait environ 500 salariés. Quarante ans après, l'entreprise emploie près de 1 800 personnes, rien qu'à Pouzauges. : Archives Fleury-MichonAlors que les étudiants battent le pavé et que certains ouvriers jouent au football dans les usines, le comité d'entreprise (CE) du géant de l'agroalimentaire refuse la grève. Pourquoi ? « Parce que nous avions obtenu gain de cause », lance Marie-Thérèse, 81 ans, qui était alors déléguée du personnel au comité d'entreprise et syndiquée à la CFDT.
Au début du mois de mai, elle suit, attentivement, avec ses collègues, l'évolution des événements à Paris. Tout comme la direction, menée par Jacques Chartier, qui décide alors le « lock-out » de l'usine. « C'était une fermeture temporaire, souligne Marie-Thérèse. En refusant le travail à ses ouvriers, le patron cherchait à empêcher la naissance d'un mouvement de grève. »
Mais alors que l'usine s'arrête, les commandes sont, elles, toujours envoyées aux clients. Joseph Roturier, livreur, s'en rappelle bien. « Je n'ai jamais arrêté ! Mes livraisons sont toujours arrivées en temps et en heure. »
Des commandes toujours livrées
Ce qui n'était pas vraiment du goût des syndicats. « Le secrétaire départemental de la CFDT est venu me voir, raconte Marie-Thérèse. J'en avais informé Jacques Chartier. C'était un patron social et compréhensif. Il m'a dit : d'accord, pour que vous discutiez ensemble ! Mais pas à l'usine ! On est allé au café, en face, et le secrétaire m'a dit : Il faut faire quelque chose ! Demandez une discussion avec votre patron. » Et c'est ce que les délégués syndicaux ont fait. « On aurait pu être fichu à la porte pour ça » se souvient Marie-Thérèse.
Au final, qu'ont-ils obtenu ? Environ 15 % d'augmentation de salaires pour tout le monde. Pour Yves Cosset, délégué CFDT au comité d'entreprise, « on aurait pu aller plus loin. Je regrette de ne pas voir fait grève. »
Mais, pour Marie-Thérèse, l'argent, ce n'est pas l'essentiel de Mai 68. « On a gagné un vrai dialogue avec la direction. Il n'y avait plus le patron sur son piédestal et les ouvriers en bas. Les salariés se sont réveillés et se sont emparés de leurs droits. Jacques Chartier était un patron humain, il s'intéressait à ses employés. Certes, il n'avait pas attendu 1968 pour être à l'écoute. Mais les événements de mai ont donné une légitimité et une ampleur inédite au dialogue social. »
Agnès MÉTAYER.