Le patron de l'armée de Terre est un ancien batelier
Décembre 1970. Elrick Irastorza vient d'intégrer l'école militaire de Saint-Cyr. Avec beaucoup de fierté, il pose dans l'abbaye de Maillezais. :
Ironie du sort. Le nouveau chef de l'armée de Terre est un ancien batelier. A Maillezais, Elrick Irastorza a laissé peu de traces. Mais des souvenirs tenaces.
Elrick Irastorza, le nouveau patron de l'armée de Terre française est Vendéen. Il a poussé son premier cri le 29 septembre 1950 à Maillezais, dans la petite maison familiale de la rue de l'Abbaye. Son père Joseph, un Basque pur jus, était ouvrier dans le bâtiment. Sa mère, Simone, originaire de La Rochelle, fabriquait des chapeaux. Elrick est le second fils d'une famille de cinq enfants : deux filles et trois garçons.
Dans le chef-lieu de canton du Sud-Vendée, mardi après-midi, l'annonce de sa nomination n'a pas provoqué d'émoi particulier. Et pour cause. « Notre famille s'est dispersée avec le temps », confie Jean-François Irastorza, son frère, directeur d'une mutuelle d'assurances, aujourd'hui installé à Magné (Deux-Sèvres). Martial, le troisème garçon de la famille, propriétaire du restaurant La Grange au Roseau, près de l'abbaye, fut le dernier membre de la fratrie à quitter la Vendée, il y a une dizaine d'années. Les Irastorza ont laissé dans ce coin de marais l'image d'une famille discrète, calme et travailleuse. Sans histoires.
Monique Trichereau, l'ancienne propriétaire de l'abbaye de Maillezais, se souvient avec beaucoup d'émotion du jeune Elrick, le meilleur ami de ses fils, Bernard et Hervé. « Elrick et Jean-François étaient comme chez eux à la maison ». Les quatre garçons ont grandi ensemble. Et lorsque le Marais poitevin s'est découvert une vocation touristique au beau milieu des années 60, les frères Trichereau et Irastorza formaient une sacrée équipe de bateliers.
« Force de la nature »
A l'évocation de ces souvenirs, les images reviennent en foule. « Elrick était un garçon très intelligent, doté d'une grande force de caractère, mais aussi d'un humour très fin. Physiquement, il tenait beaucoup de son père, véritable force de la nature. » Monique n'oubliera jamais ce jour ou le père Irastorza a monté, seul, sur son dos, un piano du rez-de-chaussée au premier étage de la demeure.
A la sortie de l'école communale, selon le souhait de sa maman, Elrick intègre l'école préparatoire des Enfants de troupe, à Autun. Il ne quittera plus jamais l'armée et ne fera désormais que de courtes apparitions à Maillezais, pendant les vacances. En 1970, Monique Trichereau voit un fier jeune homme de 20 ans débarquer à la maison. « Elrick vient d'être reçu à l'école spéciale de Saint-Cyr et me demande de le photographier avec son bel uniforme. » C'est l'une des dernières images qu'elle gardera du militaire.
Depuis, Elrick Irastorza a parcouru le globe, campé dans les endroits les plus dangereux de la planète et croisé une multitude de grands de ce monde. « Je n'ai plus de nouvelles de lui », soupire Monique Trichereau. Mais au fond d'elle, la fierté l'emporte. Le petit garçon qui dégustait goulûment ses plats de mogettes est aujourd'hui « un pacificateur que l'on envoie partout où ça va mal ».
Jean-Philippe GAUTIER.
Ouest-France