La gestion de l'eau potable divise la gauche
Véolia a mis les gaz depuis quelques mois pour restaurer les canalisations, avec l'espoir de conserver le marché de la gestion de l'eau sur la ville. Une délibération lançant la procédure en vue d'une délégation de service public doit être adoptée demain soir.
Comment la Ville va-t-elle gérer son eau ? Toujours avec Véolia ou en passant par une régie municipale ? À la veille du conseil municipal, certains pensent que le maire a déjà fait son choix.
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Plus aucun doute désormais. C'est bien une délégation de service publique (DSP), de type affermage (1), qui sera proposée, demain, lors du prochain conseil municipal. Pas d'affolement, tente-t-on de rassurer du côté de la mairie. « L'adoption de cette délibération va permettre de lancer la procédure de DSP, mais ça ne signifie pas que la gestion de l'eau va être confiée à Véolia ou à quelqu'un d'autre. En adoptant cette délibération, on se laisse le choix, c'est le plus important », jure Stéphane Ibarra, adjoint (PS) à l'environnement.
Pour l'élu, c'est même tout simplement la suite logique des engagements de campagne dePierre Regnault, « qui a toujours dit qu'il voulait pouvoir proposer le meilleur choix aux Yonnais ». Les entreprises intéressées par le marché de l'eau yonnais (distribution de l'eau potable et assainissement des eaux usées) vont pouvoir prendre connaissance des exigences nouvelles - et fortes - de la ville. Et se positionner face à ce cahier des charges. Stéphane Ibarra n'exclut rien. Pas même que les entreprises reculent devant les exigences imposées par la Ville. Auquel cas la Ville pourrait toujours se tourner vers... la régie municipale.
Attac veut un référendum
« On se prépare aussi à cette éventualité, insiste Stéphane Ibarra. C'est dans cet esprit que nous avons recruté un ingénieur et que des études comparatives ont été réalisées. » Haussement d'épaules des partisans du passage en régie (Attac et La Facture d'eau est imbuvable), persuadés que tout s'est joué en coulisses, entre Pierre Regnault et un petit cercle de proches du maire. « Le maire laisse entendre qu'une régie est encore possible, mais il sait qu'un tel changement demande une préparation d'au moins quatre ans », souligne Armand Reboux, président de La Facture.
Attac et la Facture d'eau mobilisent donc. Ils appellent à manifester demain soir, à l'occasion du conseil municipal. Et si la DSP est adoptée, l'association altermondialiste envisage de lancer une pétition « pour obtenir un référendum d'initiative locale », annonce Stéphane Thobie. Les associations épluchent également à tout hasard les conditions dans lesquelles les études comparatives entre régie et DSP ont été menées. Ça bouge donc à l'extérieur, et ça grogne aussi en interne, dans les rangs de la majorité en particulier.
Les murs de la mairie ont tremblé ces derniers jours sur ce dossier, le maire s'en prenant directement à ses partenaires verts et communistes. Car les deux formations ne font pas mystère de leur préférence pour un passage en régie. « Mais pas question pour autant d'aller au clash, remarque Yann Hélary. On n'est d'ailleurs pas anti-DSP de façon dogmatique, mais simplement, on veut que les contrôles soient plus efficaces. » Pour l'élu Vert, au-delà du choix qui sera arrêté, les défenseurs d'une régie ont déjà gagné une première manche. « Parce que ce débat a attiré l'attention de tout le monde sur la nécessité d'un contrôle plus rigoureux de la gestion de l'eau ».
En clair, l'entreprise désignée, dans le cas d'une délégation, aurait les mains moins libres que par le passé. À la veille de ce vote, le débat reste donc très tendu, « les avis divergeant jusque dans les rangs socialistes », confie un élu. Pour que chacun puisse voter en toute liberté, Stéphane Thobie souhaite même « un vote à bulletins secrets mercredi soir ». Pierre Regnault prendra-t-il ce risque ? Très peu probable.
Philippe ECALLE.
(1) Dans le cas de l'affermage, à la différence de la concession, les outils de production et de distribution de l'eau appartiennent à la collectivité.
Ouest-France