Édition du mercredi 05 mars 2008
La Roche-sur-Yon est-elle une ville écolo ?
L'époque où les écolos étaient gentiment brocardés est révolue. Au conseil, les Verts parviennent à se faire entendre. Mais il reste beaucoup à faire.
Nous poursuivons aujourd'hui notre enquête sur les élections municipales à La Roche-sur-Yon. Jusqu'au 6 mars, la rédaction se propose d'ouvrir le débat autour de différentes questions de vie quotidienne. Après avoir planté le décor, nous avons demandé aux candidats de répondre à la question du jour puis de nous présenter leurs propositions sur le thème donné. Huitième volet aujourd'hui avec l'écologie.
« Ah, les Verts, vous nous faites suer. » Pierre Regnault râle parfois contre ses partenaires écolo du conseil municipal. « Mais il sait qu'on voit juste », constate Michel Narioo, adjoint, qui rendra son tablier d'élu dans quelques jours. Bon gré mal gré, la Ville a pris le tournant de l'écologie, même si beaucoup reste à faire dans une commune qui a tout misé, depuis 30 ans, sur le développement économique, sans toujours beaucoup se préoccuper des incidences environnementales, privilégiant bitume et usines plutôt que petits oiseaux et chlorophylle.
Mais les élus, même les plus rétifs sur le sujet, ont fait leur « coming out » vert. « Je n'oublie pas que j'ai connu Pierre Regnault approuvant les yeux fermés une extension de porcherie », se souvient encore Michel Narioo.
Paradoxalement, même les élus les moins « grenellisés » ne sont pas forcément les plus difficiles à convaincre. Michel Narioo se souvient des difficultés rencontrées pour convaincre certains techniciens des espaces verts qu'il fallait mettre le frein sur les produits phytosanitaires. « Aujourd'hui, ils sont les meilleurs ambassadeurs de cette cause-là », se félicite Michel Narioo. Il a fallu aussi convaincre les habitants, « qui pensaient qu'on avait oublié de tondre certaines pelouses ou de tailler, qui ne comprenaient pas que c'était un choix pour permettre à la faune et à la flore de revivre ».
Les choses bougent, mais si la ville reprend des couleurs, elle a peut-être loupé quelques rendez-vous historiques avec le train du développement durable. Zac Zola par exemple, « où la Ville, reconnaît, à demi-mots Michel Narioo, n'a peut-être pas été assez ferme sur le cahier des charges. » Les contraintes écolo, Michel Brusetti, qui empile les parpaings dans la ville depuis 50 ans, s'en passerait bien, « même si, concède le promoteur, c'est pour le bien commun ». Plutôt favorable au développement durable, il pense que la Ville est beaucoup trop tatillonne aujourd'hui.
L'écologie, d'abordde la matière grise
Autre architecte, autre regard. Celui de Guy Durand, du cabinet du même nom, qui laissera une empreinte indélébile sur la ville. On lui doit, entre autres, la patinoire ou le Manège. Lui non plus n'est pas insensible aux sirènes du développement durable, malgré les contraintes.
Mais pour lui, le durable, « c'est d'abord une question de matière grise plus encore que de technologies ou de matériaux ». L'école des infirmières, qu'il a conçue avec son équipe, offre un aperçu de son approche. C'est en effet la forme qu'il a privilégiée, « avec un cercle très compact », qui capte la lumière naturelle. La Ville, il lui attribue quelques bons points. « Elle a fait le choix d'une densification de son habitat, plutôt que de s'étendre en consommant toujours plus d'espace ».
Une stratégie jugée pertinente, « car elle limite les déplacements, source importante de gaspillage énergétique », insiste Guy Durand, « et elle renforce les liens entre habitants ». Un autre architecte trouve « que la Ville est plutôt dans la bonne direction », mais qu'il est possible d'aller plus loin, en particulier « dans l'économie et la maîtrise des énergies ». Dans un quartier emblématique comme celui de la Généraudière, des gisements extraordinaires existent « pour renforcer l'isolation, en jouant sur le fait que les maisons sont mitoyennes et qu'elles se tiennent chaud ».
La Ligue pour la protection des oiseaux décerne aussi ses lauriers à la ville, « mais ce n'est pas le moment de lâcher », prévient Téophane You, le directeur. « La ville a su conserver une certaine ruralité et des espaces naturels, qu'il faut préserver », poursuit-il. Consciente de disposer d'un petit trésor vert avec certaines vallées (l'Ornay, l'Yon, la Riallée, la Trézane ou encore l'Amboise), la ville doit maintenant le protéger. Dans la Ville à la rose, si l'écologie a gagné du terrain, tout n'est pas encore vert, loin s'en faut.
Philippe ECALLE.
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Ouest-France