Gestion de l'eau : un petit pas vers le privé ?
Pierre Regnault a surpris les observateurs en organisant un vote à bulletins secrets sur la question de l'eau. A une majorité assez nette, le conseil a lancé la procédure pour une délégation de service public. En clair, les entreprises intéressées par la gestion de l'eau vont pouvoir se mettre sur les rangs. :
Les entreprises intéressées par la gestion de l'eau vont pouvoir se mettre sur les rangs. Le conseil municipal a voté en ce sens hier.
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Adopté. Il n'est pas tout à fait 19 h, hier soir. Les militants de La Facture d'eau est imbuvable, son président Armand Reboux en tête, celui d'Attac, Stéphane Thobie, et quelques autres se lèvent. Ils savent qu'ils viennent de perdre la bataille. Le conseil municipal vient d'adopter, à une majorité finalement assez nette, le principe d'une délégation de service public (DSP), pour la gestion de l'eau potable et des eaux usées. Le maire a d'ailleurs pris quelques observateurs à contre-pied, qui pariaient qu'il ne prendrait pas le risque de proposer un vote à bulletins secrets, au risque de se faire désavouer. Par 24 voix pour, 18 contre (et un blanc), le conseil municipal s'est prononcé favorablement au lancement de la procédure d'une DSP.
« Bienvenu dans le monde des écolos ! »
La fin des espoirs pour les partisans d'une régie municipale ? Pierre Regnault, comme son adjoint chargé de l'environnement, Stéphane Ibarra, auquel le maire a encore tressé quelques louanges appuyées, a répété que les portes d'une régie ne sont pas fermées, que rien n'est arrêté. « Pour arrêter une position définitive entre régie ou la DSP, la municipalité veut disposer d'un véritable choix. C'est le sens de cette délibération. » Une déclaration qui ne convainc pas grand monde. Dans les couloirs, un élu Vert souriait. « Ce soir, le conseil municipal a voté oui à une DSP, c'est clair. » Dans les rangs des oppositions, le même air était de circonstance. Chacun avec sa petite musique personnelle.
Une musique qui, parfois, il faut bien le dire, sonnait carrément faux, entre une gauche qui « dédiabolise » le libéralisme et une droite libérale qui découvrent soudain des vertus insoupçonnées à la puissance publique. Étonnant. Morceaux choisis de ce débat de presque deux heures, avec, pour commencer, Laurent Caillaud. Fidèle à son positionnement lors de la campagne des municipales, l'élu du Nouveau centre a regretté que la distribution de l'eau soit prise en charge « par une entreprise dont la finalité est le profit », appelant à une reprise en main de la ville dans le contexte des tensions climatiques.
Stupeur de Yann Hélary ! « Bienvenu dans le monde écologiste », a ironisé l'élu Vert. Un élu Vert pourtant dans le même camp que Laurent Caillaud sur ce dossier, c'est-à-dire opposé à une DSP. Sur le banc des opposants également, la « bande » à Michèle Peltan, et notamment Gilles Bourmaud, l'ex « copain » socialiste. Pour lui, la Ville a été trop laxiste pendant de longues années vis-à-vis du délégataire (Véolia en l'occurrence) et le débat inexistant. « Vous avez été longtemps dans la majorité, monsieur Bourmaud, je ne vous avais pas souvent entendu avoir des réserves aussi fortes. »
Pour ajouter à la confusion, parfois aux ricanements, c'est l'inattendu Raoul Mestre (MoDem) qui a trouvé « bien du courage aux socialistes ». Selon le « Bayrouiste », la pente naturelle d'un socialiste bon teint serait en effet d'opter « pour la régie, ce qui signifie plus de fonctionnaires, donc plus d'impôts ». La petite phrase de Pierre Regnault, lâchée à l'intention notamment d'Anita Charrieau (Cap à gauche), l'aura sans doute un peu surpris : « Je me sens aussi altermondialiste que vous. »
Philippe ECALLE.
Ouest-France