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Manifestation des fonctionnaires le 28 mai 1968, place Napoléon. Paul Caillaud, le maire, s'adresse à la foule. Oui, tout à fait. Mai 68 n'est pas sorti de rien. Il y avait déjà un climat de radicalisation des esprits dès 1967. Cette année-là, en février, mai et décembre, on assiste à des manifestations importantes en Vendée pour demander l'abrogation des ordonnances de la Sécu. Plus près, en avril 1968, 500 jeunes de la JEC (jeunesse étudiante chrétienne) se rassemblent et s'inquiètent des « débouchés et de l'avenir » tout en estimant « valoir mieux que nos notes ».
En mai 68, la Vendée va-t'elle « bouger » en même temps que le pays ?
Oui, contrairement à la période révolutionnaire, la Vendée est à l'unisson du pays. Il n'y a pas de « micro-climat » vendéen cette fois-là ! Les manifestations ne seront ni en avance ni en retard sur le reste de la France.
Quelle est la date « coup d'envoi » des événements en Vendée ?
Cela se passe en deux temps. Le 8 mai, la Vendée participe, agriculteurs et ouvriers, à la grande manifestation intersyndicale avec 2 000 personnes à La Roche. C'est une mobilisation propre à l'Ouest, hors « tempo » national. A partir du 13 mai, la mobilisation va s'accélérer en Vendée. La grève des trains, le 18 mai, marque les esprits. Puis tout le secteur public, suivi par le privé, comme à Esswein ou Big Chief.
Qu'est ce qui vous a frappé dans ces mouvements ?
Mai 1968 en Vendée est surtout une lutte ouvrière. Il n'y a pas de faculté en Vendée à l'époque et les agriculteurs, sans doute pris par les travaux des champs, après la manifestation du 8 mai, se montrent discrets. Par contre, on note des grèves ouvrières dans des endroits aussi improbables que Luçon dans de petites entreprises ou aux Chaussures du Bocage aux Épesses.
Quand le mouvement s'essouffle, vers les 6 et 7 juin, y a t-il des « ultras » qui persistent ?
Oui, chez les instituteurs du SNI. Une minorité veut continuer et occupe le bureau du syndicat. Les dirigeants majoritaires dénoncent ce « coup de folie du communisme révolutionnaire ».
Le mouvement terminé, a t'il eu des « retombées » plus tard ?
Indiscutablement. Certes, sur le moment, la droite triomphe aux élections de juin. Mais on peut dire que la victoire de la gauche aux municipales de La Roche sur Yon (Jacques Auxiette en 1977), est déjà en germe en Mai 1968. De même dans le mouvement syndical et ouvrier, il y aura un « effet différé ». L'insolence revendicative propre à mai 1968, va se retrouver par exemple dans les grèves des années 75, avec des modes originaux comme des grévistes qui réparent gratuitement des voitures à La Roche, organisent des « portes ouvertes » aux abattoirs de volailles de Challans et des ventes sauvages à Paris. Toute cette tonicité, qui va disparaître par la suite avec l'arrivée de la Gauche au pouvoir, fut puisée dans Mai 1968.
Propos recueillis
par Marc LAMBRECHTS.
(1) Jean-Paul Salles était, jusqu'en octobre dernier, professeur d'histoire contemporaine à la faculté de lettres, arts et sciences humaines de La Rochelle. Il est diplômé d'histoire contemporaine de la Sorbonne et membre du comité de direction de la revue « Dissidences ».